Le cortège de Strasbourg, 1840.

Le cortège de Strasbourg, 1840.

Le 14 juin 1840, date anniversaire de la mort de Kléber, la statue du général, due à Philippe Grass, est inaugurée sur la place d’armes au-dessus de sa dépouille. La place devient, par arrêté municipal dix jours plus tard, la place Kléber.
À la fin du mois de juin ont lieu les fêtes pour l’inauguration du monument de Gutenberg, dû au sculpteur David d’Angers sur l’ancienne place du Marché-aux-Herbes, qui devient alors la place Gutenberg.

De nombreux étrangers participent à cette fête et c’est l’occasion pour la municipalité d’afficher ses réalisations en matière d’embellissement et d’assainissement. L’historien Charles Staehling indique en 1884 qu’à l’approche des fêtes de Gutenberg, on redoubla d’activité pour l’achèvement des promenades, qui devaient montrer aux étrangers, que sous ce rapport également, Strasbourg ne restait pas en arrière. L’inauguration de la statue est l’occasion d’un cortège industriel, tradition strasbourgeoise qui rappelle le rôle important des anciennes corporations dans le fonctionnement de la ville jusqu’à leur dissolution en mars 1791.

L’on remarque la statue de Gutenberg au centre.

 

Meuniers, fariniers et boulangers

La bannière des meuniers portée par un garçon meunier. Un brancard sur lequel était couchée une grande roue de moulin, dont l’intérieur, divise en plusieurs compartiments contenaient les différents produits du moulin able. Huit fils de maitres portaient ce brancard, dont les rubans étaient tenus par quatre jeunes filles, vêtues de robes en mousseline blanche, à manches courtes garnies de dentelle, les épaules ornées de noeuds de satin bleu clair, ceinturent bleu flottante, longs gants noirs à filets.

Le cortège des meuniers, 1840 (BNF)

Une voiture attelée de six chevaux blancs, harnachés en cuivre poli, ornés de ruban et conduits chacun par un guide en veste grise, chapeau gris ciré, pantalon blanc. Sur le devant de cette voiture s’élevait une roue de moulin entourée de drapeaux aux couleurs nationales et de la ville.

Sur l’arrière-train était établi un moulin qui fonctionnait, et que faisait mouvoir le mouvement même des roues de la voiture. Trois ouvriers étaient occupés dans le moulin à recevoir la farine et à vider le blé dans l’égrainoir. La voiture, ainsi que le brancard, étaient décorées de festons et de guirlandes d’épis, de coquelicots et de bluets. Des deux côtés de la voiture, marchaient vingt deux garçons meuniers en veste de drap gris, pantalon blanc, calotte blanche, tablier de peau blanche, tenant des outils servant à travailler et rhabiller les meules

Ils étaient suivis de la bannière des boulangers portée par un fils de maitre, accompagnent des quatre plus anciens compagnons, revêtus d’écharpes blanches ont frangé bleues et tenant à la main des drapeaux tricolores.

Venaient ensuite quatre jeunes filles portant en feston une longue guirlande parsemée d’épis et de bleuets ; puis huit filles plus petites tenant devant elles des corbeilles ornées de fleurs contenant les différents produits du four et toutes sortes de grains.

Cortège des boulangers, 1840 (BNF)

 

Toutes ces jeunes filles portaient robes courtes en mousseline blanche à manches courtes, pantalon blanc, noeuds de satin bleu clair sur les épaules, colliers en perles bleues, gants noirs à  filets; les quatre premières ayant les cheveux ornés de bouquets de bleuets et d’épis, les autres coiffes en boucles de cheveux retombantes.
Elles précédaient un groupe de vingt quatre petits garçons, fils de boulangers, de meuniers et de fariniers, portant chacun un produit de la boulangerie. Leur costume se composait d’une veste bleu-de-roi en Circassienne, d’un pantalon blanc, avec tablier en persale blanche, et calotte blanche de boulanger.
Derrière eux, quatre jeunes gens, fils de boulangers, portaient un brancard orné de festons et de guirlandes d’épis et de fleurs, surmonté d’une pyramide haute de deux mètres sur un mètre de largeur, faite de diverses pâtes et représentant toutes les productions du four.

Le boulanger en grande tenue  lors du cortège des corporations de Strasbourg pour l’entrée de Napoléon en 1806 ; Dessin de Kaerling vers 1805-1806.

(Cabinet des Estampes et des Dessins de Strasbourg, ALS 24)

 

Le brancard était entouré de six demoiselles qui en tenaient les rubans, et de huit jeunes gens chargés d’alterner avec les quatre porteurs.
Les demoiselles portaient un costume pareil à celui de leurs compagnes accompagnant le brancard des meuniers; les douze filles de boulangers étaient en veste grise de Circassienne, chapeau jockey de feutre gris, écharpent bleu de ciel à franges en argent, col de chemise rabattu et gants blancs.
La haie du cortège des boulangers était formée par dix-huit compagnons tout habillés en blanc, veste de coutil blanc, pantalon blanc, tablier en percale, calotte blanche, gants blancs, le col de chemise rabattu les maitres faisaient la clôture.
Le cortège terminé, les boulangers se sont dirigé, musique en tête vers l’hospice des orphelins, où les objets composant la pyramide et les autres produits du four ont été distribués aux jeunes gens de l’établissement.

 

Extrait de : Relation complète des fêtes de Gutenberg, célébrées à Strasbourg, les 24, 25 et 26 juin 1840

  1. Simon, 1841 -Lithographie, rue du Dome, 9, Strasbourg.

 

Laurent Bourcier, Picard la Fidélité, C.P.R.F.A.D.

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