Joseph Arsène Ladisnas Cesneau

1 – 1861-vers 1893 : les premières années sarthoises.

Joseph Arsène Ladisnas CESNEAU est né le 2 mai 1861 à Chevillé (72), fils de Joseph Cesneau, âgé de 39 ans, cultivateur et d’ Eugénie Cousin, son épouse, âgée de 40 ans.

Joseph Cesneau part sur le tour de France et arrive a la Rochelle courant juillet 1883, et il est reçu compagnon boulanger du Devoir dans cette cayenne le jour de l’Assomption 1883, sous le noble nom de Manceau l’Ornement du Devoir.

Manceau l’Ornement du Devoir a trois frères de réception  : Marcelin TARDIEU, Angoumois Soutien des Frères ; Louis DUMONT, Saumur Rose d’amour et Ernest MÉNAGER, Tourangeau l’Ami des Arts.

Ernest Ménager, Tourangeau l’Ami des arts. Second en Ville à Angouleme lors du passage de Manceau l’ornement du Devoir dans cette cayenne en janvier 1884.

Il quitte La Rochelle le 8 octobre 1883, les signataires de son levé d’acquit sont : Premier en ville, Émile BESSON, Berry l’Ami des Frères; Second en ville, Pierre Ulysse FOURTON, Bordelais Laurier d’Amour et Rouleur, Marcelin TARDIEU, Angoumois le soutien des Frères.

De passage à Rochefort, il arrive et quitte la ville le meme jour, le 8 octobre ; levé d’acquit signé par : P.E.V. Armand BRAUD, Vendéen la Fraternité, S.E.V. François TURPIN, Gâtinais l’Ami du Travail ; Rouleur, LOIZEAU Adolphe,Saintonge le Fier Courageux.

De passage à Cognac, ville de deuxieme ordre, il arrive le 8 octobre et repart le lendemain,  le 9 octobre ; levé d’acquit signé par P.E.V. BEAU Eugene, Saintonge la Vivacité ; S.E.V. LAFORGE Elie, Perigord le fidele courageux; Rouleur, NICOLAS, Bordelais Sans Peur .

De passage à Angouleme, qu’il quitte le 15 janvier 1884 ; levé d’acquit signé par P.E.V. MAURIGER Louis, Alsacien la Bonne Conduite ;S.E.V. Ernest Louis Auguste MÉNAGER, Tourangeau l’Ami des Arts ; Rouleur, MAZIERES Pierre Ernest, Angoumois la Sincérité.

De passage à Bordeaux, qu’il quitte le 17 janvier 1884 ; levé d’acquit signé par P.E.V. FOURCADE François, Bigourdan l’Exemple de la Sagesse ; S.E.V. LACROIX Albert, Bordelais le Flambeau du Devoir ; Rouleur, BOURTAYE Joseph, Bayonnais la Pensée.

De passage à Agen, qu’il quitte le 18 janvier 1884 ; levé d’acquit signé par P.E.V. Léopold MODESTE, Champagne l’Ami des Compagnons ; S.E.V. BRANET Auguste, Gascon la Belle Prestance ; Rouleur, GAILLAC Antoine, Agenais la Plaisance.

De passage à Toulouse, qu’il quitte le 6 février 1884 ; levé d’acquit signé par P.E.V. CONQUES Louis, Béarnais l’Ami du Travail ; PLANTE Louis Antoine,Toulousain la constance, Célestin BETTESTA, Gascon le fier courageux

De passage à Montpellier, qu’il quitte le 7 février 1884 ; levé d’acquit signé par P.E.V. THEURON Henri, Languedoc le Soutien du Devoir ; S.E.V. NICOLAS Henri, Languedoc la Sagesse ; Rouleur, CAMBES Pierre, Languedoc la Fidélité

De passage à Nimes, qu’il quitte le 18 février 1884 ; levé d’acquit signé par P.E.V. VIER Louis, Nimois Laurier d’Amour ; S.E.V. Gascon va de bon coeur ; Rouleur, CHERTANIER Vivarais Sans Reproche ;

De passage à Marseille, qu’il quitte le 19 février 1884, levé d’acquit signé par P.E.V. VINET Antoine, Marseillais l’Ami de l’Honneur ; S.E.V. Toulonnais le Flambeau du Devoir , rouleur ROUX Jean, Toulonnais le Secret du Devoir.

De passage à Toulon, qu’il quitte le 22 février 1884 ; levé d’acquit signé par P.E.V. BORELLY Florent Joseph, Saint Esprit le Flambeau du Devoir, S.E.V. SIGAUD Jean, Toulonnais la Douceur , rouleur GIRAUD Veron, Brignoles la Clef des Coeurs.

Il passe à la Sainte-Baume et à Saint-Maximin le 25 février 1884, où il est  le premier boulanger du Devoir à signer le registre de passage de Pierre Audebaud, Saintonge la Fidélité, compagnon tourneur du Devoir, marchand de couleurs et souvenirs compagnonniques à Saint-Maximin.

 

Il laissera sur le registre ce message :

Joseph Cesneau, Manceau l’ornement du Devoir, reçu à la Rochelle le 15 août 1883, Compagnon boulanger du Devoir, voulant en bon compagnon faire mon tour de France, et visiter l’un de nos plus grands souvenirs, je suis passé ici à St Maximin le 25 février 1884 revenant de Toulon après avoir visité la Ste Beaume. (S∴E∴F∴) C∴B∴D∴D∴

Manceau l’Ornement du Devoir fera également apposer le cachet du père Audebaud sur son levé d’acquit (Archives, cayenne de Tours)

Manceau l’Ornement du Devoir se dirige ensuite sur Lyon qu’il quitte le 6 mai 1884 ; levé d’acquit signé par P.E.V. SIMEAN Benoit,  Lyonnais noble coeur; S.E.V. DUMONT Joseph, Lyonnais bon espoir ; rouleur MESSEREAUX Mederic, Blois le bien aimé.

Nous perdons trace de son tour de France, mais nous pouvons facilement supposer qu’il remonte sur Saint-Etienne, Chalon sur Saone, Dijon, Troyes ou Paris, puis Orléans, Saumur et Tours où nous le retrouvons en 1885 Premier en Ville (président).

Pro-Ralliement des Compagnons du Devoir, il est en 1886 domicilié à Solesmes, commune limitrophe de Juigné-sur-Sarthe, où il épouse le 14 décembre Marie Emilie Baillif, lingère, âgée de 16 ans.

Les époux Cesneau quittent Solesmes vers 1888 pour le 10, quai National à Sablé-sur-Sarthe. Ils y tiennent une boulangerie qui vera naître deux fils : le 4 mars 1890, Daniel Joseph Louis (1* ) et  le 13 avril 1891, Vital Joseph Louis Fernand (2*).

En 1890 Joseph Cesneau, Manceau l’Ornement du Devoir, adhère à la toute jeune Union Compagnonnique des Devoirs Unis de la ville du Mans.

Le couple Cesneau quitte Sablé-sur-Sarthe entre 1891 et 1894 pour le 61, rue Daguerre à Paris-XIVe. Il réintègre la société des compagnons boulangers du Devoir puis adhère à la Fédération Intercompagnonnique de la Seine fondée en 1913.

 

2° – Des Enfants de la Vérité à l’Union Fraternelle des compagnons et aspirants boulangers du Devoir.

Deux nouvelles naissances sont enregistrées au sein de la famille Cesneau établie à Paris : le 6 mars 1894, celle de Raymond Robert Joseph (3*) et le 14 septembre 1900, celle d’Yvonne Louise Marie Joséphine.

Il est probable que Joseph Cesneau soit au centre, au premier rang, avec son épouse lui tenant le bras (Saint-Honoré Paris 1920-1921). A droite, au premier rang, avec sa couleur blanche de fonction à l’épaule : Hubert Papin, Saintonge le Bien aimé, président général. Photo prise au  restaurant Le Palais d’Orléans, 200, avenue du Maine, à Paris.

En 1923 Joseph Cesneau , Manceau l’Ornement du Devoir, est délégué au placement des compagnons boulangers de la cayenne de Paris,16, rue Charlot ; puis, en 1924, il est exclu des  compagnons boulangers du Devoir de la rue Charlot et rejoint la Société des compagnons boulangers restés fidèles au Devoir dits les Enfants de la Vérité (comme l’atteste une copie d’un livret des Enfants de la Vérité datant de 1925 (musée du Compagnonnage de Tours) comportant sa signature J. Cesneau  « délégué » (délégué au placement). C’est un coup dur porté aux compagnons boulangers de la rue Charlot, car Manceau l’Ornement du Devoir déménage avec le carnet d’adresses des patrons et de plusieurs compagnons.

Il semblerait qu’à cette période la Société des compagnons boulangers restés fidèles au Devoir dits les Enfants de la Vérité se mue en Union Fraternelle des Compagnons et Aspirants boulangers du Devoir. Nous n’avons en effet à ce jour retrouvé aucune trace d’activité des compagnons boulangers restés fidèles au Devoir dit les Enfants de la Vérité qui soit postérieure à 1925. Est-ce l’arrivée dans ses rangs de Joseph Cesneau, Manceau l’Ornement du Devoir et de plusieurs autres compagnons boulangers qui provoque ce possible changement ? …

En 1926, une amnistie est prononcée par la Société des compagnons et aspirants boulangers de la Ville de Paris à  l’intention des compagnons boulangers qui souhaiteraient réintégrer la branche mère des compagnons boulangers du Devoir, elle est publiée dans le journal Le Ralliement de mai 1926 :

« Amnistie conditionnelle chez les CC∴ Boulangers de Paris »

« Plusieurs CC. : Boulangers qui avaient quitté la société pour suivre des scissionnistes, reconnaissent qu’ils se sont égarés, ont demandé à la réintégrer. En tenant compte que la faute commise par ces PP. : est d’autant plus grave que les uns l’ont faite sciemment et les autres inconsciemment, le président général à demandé à la dernière assemblée :

1-D’admettre le principe d’une amnistie conditionnelle qui s’étendra à tous les CC∴ boulangers radiés ou exclus par la cay∴ de Paris depuis le 1er janvier 1914, quels que soient les motifs.

 2-De nommer une commission qui devra examiner impartialement tous les cas qui lui seront soumis.

3-Établir par cette commission un rapport sur la question qui sera présentée à la prochaine A. : trimestrielle.

Après une très large discussion, cette proposition a été voté à l’unanimité. »

L’unique indice recueilli sur l’activité de l’Union Fraternelle des Compagnons et Aspirants boulangers du Devoir est le carnet de commande du compagnon charron du Devoir Auguste Joseph Proud, Lyonnais l’Ami des Compagnons, fabricant de cannes compagnonniques à Lyon. Le 19 janvier 1927 ce dernier vend à Joseph Cesneau, Manceau l’Ornement du Devoir quinze cannes et deux glands (cordons de cannes) puis le 18 mars de la même année, il lui vend une canne, dix embouts cuivrés, quatre fourreaux et il lui facture la réparation de cinq cannes.

Ces deux commandes nous démontrent bien que l’Union Fraternelle des Compagnons et Aspirants boulangers du Devoir n’est pas une société fantôme, cette société a une vie compagnonnique réelle et active.

3° En 1927 l’Humanité épingle le bureau de placement de l’Union fraternelle.

En janvier 1927, Joseph Cesneau, Manceau l’Ornement du Devoir,  reçoit au siège de l’Union fraternelle des compagnons et aspirants boulangers du Devoir, 47, rue Notre-Dame de Nazareth, un journaliste du journal l’Humanité, guidé par un certain Henri Boville, ouvrier boulanger. Cette rencontre est publiée à la « une » de l’Humanité le 1er février 1927 :

Les parasites du chômage 

De nombreux sans travail sont une proie facile pour les marchands de viande.

Coupe-bourses ou bureau de placement ? 

Nous avons vu au cours de cette trop rapide étude, quelques bureaux de placement patronaux et quelques sociétés. Nous répétons que le nombre de ces bureaux est élevé, que toutes – où à peu près toutes- ces officines se ressemblent, que les abus qu’ils commettent sont légion, et que, pour épuiser le sujet, un volume ne suffirait pas.
Nous visiterons cependant encore, avant d’arriver aux solutions préconisées par les organisations ouvrières, quelques-uns de ces placeurs louches, pittoresquement surnommés par les chômeurs « les marchands de viande ».
Voici au 47 de la rue de Notre-Dame de Nazareth, une dissidence de la société « les compagnons », de laquelle nous avons parlé dans un précédent article.
Nous sommes ici devant l’Union fraternelle des compagnons et Aspirants boulangers du Devoir. Figure de mutuelle. Enseigne ronflante certes.
Nous trouvons le placeur au café, pérorant au milieu d’un groupe de chômeurs. Ce placeur – il a un nom, Cesneau – et l’ancien délégué des compagnons. Pas du tout farouche. Toupet blanchi. Visage couperosé. Un binocle chevauchant de travers, sur un nez rutilant. Moustache rare et tombante.

L’économie du téléphone

Un petit verre met le quidam en confiance.
– Allons au bureau, dit-il, nous serons mieux pour causer.
Nous le suivons dans un escalier étroit . Au premier, Cesneau ouvre une porte fermée à clef. Nous nous trouvons dans la salle de l’Union. Salle assez grande, blanchie à la chaux, propre.
Une table, un casier en occupe l’entrée. Une dizaine de bancs, disposés parallèlement, en constituent tout le mobilier, attendant on ne sait trop quels élèves. Aux murs, des reliques. Des tableaux avec, comme légendes, des initiales et les trois points de la franc-maçonnerie.
Le Cesneau, décidément en verve, parle intarissablement. C’est d’abord l’exposé de ses griefs envers les compagnons :
– On y faisait de la politique, et de la pire. Rue Aumaire, n’y a-t-il pas eu une réunion clandestine à laquelle participa un révolutionnaire non adhérent, un certain Boville… (Boville présent maintient à grand’peine son sérieux, cependant que l’autre continue, cocasse, imperturbable) :
– J’ai été chassé de là-bas par 44 voix contre 40. Mais la plupart des adhérents m’ont suivi.
Voici mes livres…
D’un rapide examen de ces livres, il ressort que les membres actifs de l’Union paient un droit d’entrée de 30 francs, à savoir, 10 francs pour la mutuelle et 20 francs pour le fond de la société. Chacun des adhérents paie ensuite une cotisation mensuelle de 4 francs 50 s’il est mutualiste, de 5 francs s’il ne l’est pas.
– Nous ne sommes pas subventionnés nous autres.

Et Cesneau, dont l’indignation fait sautiller le binocle, pique une nouvelle crise contre les compagnons, sa bête noire, mélangeant tout.
– Je considère que l’argent ainsi accordé est une honte ! Ainsi les compagnons qui ont 27000 francs en caisse, osent toucher de l’Etat une subvention annuelle de 300 francs !…
-Moi, j’ai 66 ans. Je touche un traitement de 30 francs par jour. Ça me suffit. Je ne veux pas grever les finances de la société…
Le matin, je fais la tournée des patrons. Si je suis connu d’eux avantageusement, c’est que j’ai fait mon devoir… (vis-à-vis d’eux c’est certain). Nous sommes dans la légalité nous autres, et « eux » (les compagnons) n’y sont pas. Nous y retournerions si on les débarrassait de leurs éléments révolutionnaires, etc.
Mais Boville fait une remarque insidieuse :
– Tiens ! Vous n’avez pas de téléphone ici.
– Il est au café répond le placeur. C’est la même chose (
sic) et cela nous évite une dépense inutile de douze cents francs.
– Et cette salle sert à abriter vos chômeurs.
– Oui, mais ils y viennent jamais. Ils préfèrent rester en bas pour y faire une petite partie…
Et consommer et dépenser évidemment.

Au 47 de la rue de Notre-Dame de Nazareth, l’article 8 de la loi de 1904 est violé. Une salle indépendante au premier camoufle la fraude. Puisque le placement se fait au café du rez-de-chaussée où  séjournent les compagnons sans travail, où fonctionne le téléphone, où le Cesneau est avantageusement connu…

L’article 8 de la loi du 14 mars 1904 avait interdit en effet à tout hôtelier, logeur, restaurateur ou débitant de boissons de joindre à son établissement la tenue d’un bureau de placement. Les associations qui auraient établi leur office de placement chez l’une des personnes visées audit article n’y étaient tolérées que si le tenancier de l’établissement ne s’occupait en aucune façon de la gestion du bureau de placement fonctionnant dans son local. « Elles devront désigner un délégué spécial chargé du placement. En aucun cas, ce délégué ne pourrait être l’hôtelier ou débitant, même si celui-ci fait partie de l’association en question. »

Mais qui est donc ce BOVILLE, baptisé de révolutionnaire par Joseph Cesneau, présent à une assemblée de compagnons, sans en être membre et qui plus est, qui guide le journaliste de l’Humanité chez ce même Joseph Cesneau, placeur de l’Union Fraternelle des compagnons et aspirants boulangers du Devoir ?

Henri Boville alors âgé de trente ans est un ouvrier boulanger, marié et père de famille, membre du parti communiste français depuis 1920, année de sa fondation ; secrétaire de la 6e section communiste de Paris ; membre de la commission exécutive de la Confédération Générale du Travail Unitaire de la Seine et de la commission exécutive de cette même Confédération ; secrétariat général de la Fédération CGTU de l’alimentation ; membre du conseil d’administration de la boulangerie coopérative La Fraternelle, où il travaille ; délégué du syndicat ouvrier des boulangers du XIVe arrondissement de Paris. En plus de ses qualités d’orateur reconnues, Henri Boville possède une grande indépendance d’esprit et n’hésite pas, sur le plan politique comme syndical, à manifester ses sentiments.

Jeudi 30 décembre 1920, salle du manège à Tours. Le XVIIIème congrès national du Parti Socialiste – section française de l’Internationale Ouvrière (SFIO), décide d’adhérer à la IIIème Internationale Communiste.

« L’émancipation des travailleurs sera l’oeuvre des travailleurs eux-mêmes »

« Prolétaires de tous pays unissons nous »

Karl Marx

Pour découvrir l’atmosphère syndicaliste dans lequel évoluent les ouvriers et compagnons boulangers de Paris, voici une publication de L’Humanité du 13 octobre 1926. Nous y retrouvons Henri Boville :

Les ouvriers boulangers de la région parisienne ont décidé hier de se préparer à l’action
Un beau meeting  à la Bourse du travail.

Dès 5 heures, une foule nombreuse d’ouvriers boulangers se presse devant la Bourse du travail. Bientôt la salle Ferrer est pleine à craquer d’un millier d’auditeurs enthousiastes et déjà le meeting est commencé, que les camarades arrivent encore par paquets considérables.
Ont pris place au bureau : Gaujard, président ; Tardieu et Brunet, assesseurs.
Delhar, premier orateur inscrit, rappelle comment l’action de ces derniers mois, a pu ébranler les positions du patronat. Ce dernier, effrayé, a lâché quelques augmentations pour calmer les esprits. Mais ces augmentations ressemblent fort à un os à ronger : elles sont insuffisantes et les ouvriers ne peuvent s’en contenter. Devant la hausse continuelle du coût de la vie, ils doivent réclamer l’application de l’échelle mobile.
Boville, secrétaire de la fédération de l’alimentation, prenant ensuite la parole fait l’historique des manoeuvres patronales contre le mouvement des boulangers. Royer, président de la chambre patronale, avait tout d’abord refusé de recevoir la délégation ouvrière pour la renvoyer à la préfecture qui, à son tour ne daigna pas de s’occuper des revendications du syndicat.
Mais pendant ce temps, la colère grondait parmi les travailleurs : deux grands meetings convoqués à la Bourse du travail avaient montré la puissance de la corporation. De plus, le petit patronat de la boulange commençait à se dresser contre le magnat Royer qui ne défendait pas les intérêts des grands capitalistes.
Désemparé, le grand patronat s’entendit alors avec les pouvoirs publics. Royer obtint de la commission de fixation du prix du pain une augmentation de prime de cuisson. Celle-ci contentait d’une part le petit patronat et d’autre part, permettait d’augmenter de quelques sous les salaires ouvriers sans léser les intérêts capitalistes.

Royer croyait ainsi raffermir sa position à tout jamais…
« Mais il s’est trompé », dit notre camarade Boville « Les ouvriers boulangers ne se laissent pas mener par le bout du nez. Le meeting d’aujourd’hui le prouve ».  Fortement applaudi, l’orateur montre que les travailleurs de la boulange imposeront leur volonté. Ils ne permettront pas que seuls la préfecture et le syndicat patronal fixent les salaires de la corporation. À ce sujet, le conseiller Gelis interpellera le préfet pour exiger la représentation ouvrière.
Par leur action les ouvriers obtiendront l’échelle. En ce moment, l’hiver approche et la grève n’est pas à envisager, mais les camarades peuvent s’organiser pour le printemps prochain. Ils doivent s’inspirer de l’exemple de leurs pères et renforcer leurs sections syndicales, en faire comme jadis des foyers d’amitié et de solidarité. C’est avec cette organisation solide qu’ils pourront se préparer à la bataille.
Lorsque les applaudissements, saluant la péroraison de l’orateur, se sont éteints, Chaussin, secrétaire du syndicat, dit encore quelques mots. Appuyant les déclarations de Boville, il montre la nécessité d’avoir une organisation syndicale puissante. Il parle ensuite du plan de la stabilisation de la bourgeoisie et de la journée du 7 novembre : à cette date les travailleurs de la boulange, à côté de tout le prolétariat de ce pays, se dresseront contre l’offensive capitaliste pour réclamer l’échelle mobile et défendre la journée des 8 heures.
Après le discours de Chaussin, un ordre du jour est voté à l’unanimité. Puis les camarades se dispersent, résolus à préparer cet hiver l’offensive du printemps prochain, par une action patiente dans leurs sections respectives.

Nous pouvons supposer que c’est à la demande d’Henri Boville que des compagnons boulangers du Devoir organisèrent une assemblée générale « clandestine » afin de permettre à celui -ci d’exposer idéologie et plan de lutte ouvrière pour cet hiver 1926.

Rassemblement d’ouvriers boulangers en grève devant le siège de leur syndicat et de leur  boulangerie coopérative “La Fraternelleoù travaille Henri Boville.

Revenons un instant sur les mots de Joseph Cesneau relevés par le journaliste de l’Humanité : « – Nous ne sommes pas subventionnés nous autres. [….] – Je considère que l’argent ainsi accordé est une honte ! Ainsi les compagnons qui ont 27000 francs en caisse, osent toucher de l’état une subvention annuelle de 300 francs !… »

Il s’agit là de subventions que la mairie de Paris accordait aux bureaux de placements gratuits n’adhérant pas à la Bourse du Travail. Dans le Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris, -de 1907-1923- nous relevons, au côté des compagnons boulangers de la rue Charlot – subvention annuelle de 250 à 300 francs, sans interruption lors de la guerre 1914-1918 –  les compagnons charrons du Devoir, les compagnons passants charpentiers du Devoir et les compagnons charpentiers du Devoir de Liberté.
Ces subventions seront chez les compagnons boulangers source de conflits, certains estimant que cet argent doit être refusé, les compagnons devant garder leur entière indépendance face aux pouvoirs publics, d’autres estimant que cet argent est le bienvenu afin de soutenir l’activité principale de la société, qui est le placement, et que l’avenir est à la collaboration.

 

4° En 1934 l’Union fraternelle réintègre le siège de la rue Charlot.

En congrès de Lyon les 8 avril 1934 sont présentées par Ferdinand Tissot, Lyonnais Va Sans Crainte, délégué de la cayenne de Paris, les démarches de fusion des deux sociétés parisiennes:

« Le pays Tissot délégué de la cayenne de Paris rend compte de l’action de la section de Paris en vue de fusionner avec le pays Cesneau et sa société ; la bonne marche des pourparlers actuels et le retour de la section de Paris à son ancien siège de la rue Charlot, ainsi que les avantages qu’ils procureront à la section. Chacun approuve, en souhaitant que la concorde pleine et entière revienne parmi eux. »

Congrès de Lyon, 1934 ; Ferdinand Tissot, Lyonnais Va Sans Crainte, délégué de la cayenne de Paris, premier rang, premier en partant de la gauche, costume noir, moustache.


Ces démarches porteront leurs fruits puisque le journal Le Compagnon du Tour de France du 1er juillet 1934 mentionne ceci :
« Réception des C∴ boulangers du D∴

 « Je porte également à la connaissance des divers corps d’état, qu’après avoir fait la fusion avec les compagnons de la rue de Notre-Dame de Nazareth*, C∴ Cesneau, deux P∴ reçus par le C∴ Cesneau et non autorisés, après nous avoir fourni leur casier judiciaire et un certificat d’honorabilité, ont prêté serment de fidélité et respect aux Devoirs devant les corps d’état présents. Ce sont les P∴Turotte Lucien et Turotte Charles… »

Cette fusion de l’Union Fraternelle des Compagnons et Aspirants boulangers du Devoir avec la Société des compagnons et stagiaires boulangers du Devoir de la ville de Paris  n’est pas du goût de tous. Hubert Papin, Saintonge le Bien-Aimé est de ceux-là.
Voici un extrait d’un de ses courriers, daté du 19 avril 1934 :

« En réponse à la lettre du Pays Papineau du 10 courant, je répondrais.
1 – Qu’en tant qu’ancien Président Général, je n’ai pas participé au congrès, c’est que les promoteurs de ce congrès n’ont même pas eu la politesse de m’inviter par lettre, ensuite pour ne pas grever la caisse déjà vide de la société, vous ne pensiez pas sans doute, que j’y serais allé à mes frais.
2 – Vous avez transféré le conseil central à Blois, c’est très bien, vous avez élu le Pays Péarron président général, c’est tout à fait bien ; vous avez accepté la réadmission dans la société du traître Cesneau et de sa bande de cambrioleurs et des compagnons qu’ils ont faits eux-mêmes, c’est beaucoup mieux encore. Mais comme déjà beaucoup l’on fait, je vous tire poliment ma révérence… […] les rites de soubises et de Salomon qui n’ont jamais voulu reconnaître les C.B.D.D., à cette nouvelle, signeront la reconnaissance de leurs deux mains… »

Caveau familial, cimetière Montparnasse

1* Agé de 83 ans,  décédé à Paris à son domicile 22, rue Sextius-Michel (15e) le 26/12/1973, inhumé le 31/12/1973 dans le caveau familial du cimetière du Montparnasse.

2* Marié le 24/6/1916 à  Paris (13 eme) avec Lucie Marie Louise Silvestri.

3* Marié le 10/02/1920 avec Françoise Bonin. Décédé à Paris le 22/07/1957.

 

Laurent Bourcier, Picard la Fidélité, C.P.R.F.A.D.

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