Auguste Jacquemin

Un boulanger compagnon menuisier du Devoir de Liberté ?

Au cours de recherches, il y a plus de quinze ans dans les pages du journal Le Ralliement, au musée du Compagnonnage de Tours, j’avais relevé le nom d’un boulanger qui aurait été reçu compagnon menuisier du Devoir de Liberté sous le nom de Champagne la Fidélité… Malheureusement, étant encore bien novice dans la recherche historique à cette époque, j’oubliai de noter la date et le numéro du journal…

J’ai depuis mené quelques recherches sur ce boulanger qualifié de Reboul de Reims,  voici les résultats :

 

Auguste JACQUEMIN est né le 31 aout  1818 à Reims, fils de Louis Jacquemin et de Nicole Coltier son épouse ; marchands épicier .

Exempte de service militaire

1843–  Auguste Jacquemin demeure à  Reims en 1843 au numero 4 rue de l’arbalète et est ouvrier boulanger (25 ans)

Le 22 février 1843 épouse à  Reims, Marie Francoise MOLEZ, née le 24 juin 1820 à  Auve .

Le 25 novembre 1843 Marie Francoise JACQUEMIN demoiselle de magasin, donne naissance à un fils nommé Francois Auguste .

1868 -(extrait de La vie rémoise par Eugène Dupont ‎ ; 1865-1868 – 3ème volume ): Sous les efforts incessants des établissements économiques, le prix des denrées nécessaires au peuple artisanesque, s’affaisse de plus en plus. Le bon marché du pain en arrive à ce point que Jacquemin-Molez, mitron de nuit et poète de jour, proteste au nom de ses collègues de la boulange, en déclarant qu’ils vont se voir tous contraints à changer de profession. Il accuse les coopérateurs de vouloir faire du socialisme aux dépens du commerce. L’un des administrateurs de la Société coopérative, Ernest Garnier, répond par les arguments suivants : « Si l’on entend par socialistes ceux qui prennent à cœur les intérêts de leurs concitoyens, nous le sommes tous. Si l’on veut parler de ceux qui n’ont qu’un seul poids, une seule mesure, pour n’importe quel homme, quel que soit son travail, rémunérant également celui qui a travaillé deux heures comme celui qui en a travaillé douze, celui qui brille par son intelligence comme celui qui en manque, l’ouvrier robuste comme l’ouvrier malingre, nous ne le sommes pas ».

Une boulangerie sociale, lieu inconnu

1869 – Auguste JACQUEMIN-MOLEZ publie Histoire poème en trois chants dédié aux boulangers de Reims ; suivi du Café Saint Denis et de l’Agence commerciale de Reims, poème dédié à M Mehaut, limonadier, maitre de cet établissement. Reims imprimerie Lagarde 1869; in- 8 de 24 pages.

-Histoire de la boulangerie ancienne et moderne. Reims 1869, Imp. A, Lagarde

1870 – Auguste JACQUEMIN-MOLEZ publie Le parfait boulanger, guide manuel du boulanger dans sa vie , Reims,  imp.Gerard

1872 – Auguste JACQUEMIN-MOLEZ publie Boulangerie dans la ville de Reims, Fete de la Saint Honoré 16 mai 1872. Reims , Imp.Gerard

1873 – Auguste JACQUEMIN-MOLEZ publie Lettres du tour de France: Reims et Le pays Rémois en 1872 (Reims, Librairie Matot Braine 1873) de Georges Le Guesnier , page 125/126 :

« Un rimeur tout a fait original, c’est M Jacquemin-Molez, ancien boulanger, ancien syndic de la boulangerie de Reims. Celui-ci ne cherche point ailleurs que dans son métier  les sujets qu’il pétrit en alexandrins ou qu’il émiette en strophes légères. Il a, par exemple, deux poèmes en trois chants  dont l’un s’intitule  le Parfait boulanger et l’autre l’Histoire de la boulangerie ancienne et moderne. Le tout est suivi des commandements du boulanger , « petit ouvrage burlesque et drolatique » et d’autres poésies et chansons , ingénieusement baptisées de « mitromaniques » par l’auteur lui-mème. Tout cela est d’une bonne pate, solide et résistante, et le poète y a certainement employé sa plus fine fleur de farine, Parfois meme, comme dans le gateau de Peau d’âne, on découvre une perle sous la croute dorée. Savourez s’il vous plait cette éloge du pain :

Pain ! L’un des premiers mots que gazouille l’enfance !

Pain ! Mets délicieux, trésor de l’indigence !

Pain noir pour le soldat et le prisonnier ;

Pain bis du paysan, pain brun de l’ouvrier.

Pain rassis du menage, autrement dit pain-miche,

Pain blanc pour le bourgeois, pain gruau pour le riche,

Pain rond et pain fendu, pain beurre, pain au lait,

Pain de toutes façons, pain bien cuit et bien fait.

Pain bénit, vénéré, symbole d’abondance,

Pain ! Roi des aliments, seconde Providence ;

Pain fait de pur froment, rien ne peut t’égaler

Parmi les meilleurs met son doit te signaler.

1876 -Le Monde Illustré du 23 décembre 1876, page 402, Auguste JACQUEMIN-MOLEZ est cité parmi les nombreux lecteurs à avoir résolu cinq jeux /problèmes.

1877– identique dans le Gaulois du 22 avril

1878- Auguste JACQUEMIN-MOLEZ publie « Poème sur le jeu de dames et sur le concours à ce jeu qui eut lieu à Lille le 24 février 1878. In-8″, 32 p. Lille, imp. Massart. 1

1879 -Presse régionale Roubaix Tourcoing  « on se souvient que l’an dernier, au café du Négoce, rue Neuve à  Lille un concours de jeu de dame que toute la presse s’occupa. –L’un des concurrents, M Jacquemin-Molez , de Reims, vient de dédier au cercle des joueurs lillois qui avaient organisé ce tournoi d’un nouveau genre, un poème sur le jeu de dame qui est un veritable traité des plus complets et des plus intéressants ».

1880 –Journal Gil Bas, Auguste JACQUEMIN-MOLEZ est cité parmi dans de nombreux numéro pour voir résolu des jeux /problèmes et publie à  cette même période des rebus versifiés dans le journal régional « L’Indépendant Rémois » qu’il signe  le Sphinx.

1880 – Auguste JACQUEMIN-MOLEZ Publie dans le journal  GIL BLAS :

8 janvier

Logogriphe

Toujours, avec ou sans coeur

Au guerrier je suis utile

Quand je possède mon coeur

Quelquefois je suis hostile

A qui me porte sans coeur

De bon droit on peut me dire

Que je suis un vrai sans coeur

A qui l’on doit interdire

Le pays des gens de coeur

Dans un danger manifeste

Quand je suis privé de coeur

Crainte qu’il ne soit funeste

Je m’y transporte avec coeur.

 

11 janvier

Jamais vous ne saurez bien jouer le piquet

Je vous l’ai déja dit vous êtes trop discret;

Du jeu , suivez la loi, c’est la méthode sure ».

Je serai moins frivole ami je vous le jure.

 

Le temps est variable, hier il faisait froid

Aujourd’hui, le ciel change et la rigueur décroit,

Dans deux ou quatre jours, nous reverrons la glace

Voila depuis trois mois comme l’hiver se passe

 

Un orage violent sur mes biens a fondu

Mes vignes et mes blés , tout est haché,  perdu.

Je vais aller à Nice y pincer la mandole

jJ préfère par gout  ce poisson à  la sole.

 

18 février

Charade

Humble habitant des champs, on me nomme féroce

On craint de s’approcher de mes dards épineux

Chantres de la nature, avec un soin précoce

Vous avez préparer vos berceaux amoureux

Jadis chez les romains, je variais d’espèce

J’etais un moyen poids et de cuivre une pièce

Aujourd’hui, mieux connu sur ivoire ou carton

Ma valeur se décuple en certains cas, dit-on

Noble et vaillant héros de l’antique Morée

Qui préféra la mort aux tristes déshonneur

Ton illustre bravoure est encore admirée

Tout soldat glorieux te porte dans son coeur

Et par lui, ta mémoire  est toujours vénérée.

 

13 avril

C’était un beau jour, j’avais le coeur joyeux;

Fredonnant un refrain chéri de nos aïeux,

Je gravissais la cote, aide de la monture,

D’un heureux souverain chanté par Beranger

J’avais a redouter l’abime et le danger,

Pour contempler le ciel et la vaste nature

Mais, de courage armé, je tentai l’aventure

De ma témérité, quel triste souvenir!

Le touriste a failli ne jamais revenir;

Le vertige me prit quand je parvins au fait

Mon esprit divaguait… J’avais perdu la tête.

 

16 septembre

Dédiée à Mlle Cartouche à Rennes

La Grèce est ma patrie et je n’y vois, lecteur

De mes membres aucun ; pour moi, c’est peu flatteur;

Ma tête est à Paris et ma queue à Marseille

Chacune représente en France mon entier

Lyon, Toulouse, Rouen, Rennes, Lille et Poitier

Limoges, Dijon, Tours, Reims n’ont pas leur pareille.

Ni sur mer, ni sur terre et n’importe en quel port,

Brest, Lorient, Cherbourg, Toulon et Rochefort.

Même remarque au nom de Molière et Corneille

Tête et queue aussi bien à l’endroit qu’a l’envers

De même se lisant, sont des cours d’eau divers.

Ajoutez-y mon coeur , et dans l’histoire ancienne

Je suis un dieu de la mythologie indienne.

Puis encore sur trois pieds, un supplice cruel

Que le Turc infligeait au plus grand criminel.

Dans ce mot de cinq pieds, résumant une lettre

Il est dix encore que l’on pourrait admettre;

Je te laisse, lecteur, le soin de les chercher;

Si tu n’y met qu’une heure , il faut te dépêcher.

1881 Auguste Jacquemin-Molez est atteint de la cataracte.

1883 -Recueil d’ophtalmologie par F.Alcan (page 494) :

Appareil d’écriture pour les aveugles, par Jacquemin-Molez  – Cet appareil se compose de deux chassis […] Pour éviter les frais d’un second appareil, l’inventeur a imaginé un cadre proportionné au petit format, qui s’adapte dans le grand avec facilité. M. Jacquemin-Molez a confié l’exécution de son appareil à un habile mécanicien, M. D. Leroy [… ]Les personnes que cette invention intéresserait, peuvent s’adresser à M.JacqueminMolez, rue des Capucins, 102, à Reims, qui se mettra complaisamment à leur disposition.. »

1894 -Le 11 juin disparait le boulanger poète devenu aveugle Auguste Jacquemin-Molez, 75 ans, rue des Capucins, 102, Reims.

Si un ou plusieurs lecteurs du CREBESC possèdent dans leurs archives des informations sur ce poète de la boulangerie, nous leur serions reconnaissant de les mettre a notre dispositions afin d’augmenter cette courte, mais intéressante biographie.
Laurent Bourcier, Picard la Fidélité, C.P.R.F.A.D.

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