N’est pas Fort qui veut !

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Illustration extraite de « Histoire illustrée de la Boulangerie en France », 1924

De nos jours, les boulangers Parisiens se font livrer la farine directement par leurs meuniers, mais ce ne fut pas toujours le cas, en effet c’est le développement des transport automobiles qui va permettre ces livraisons en direct. Nous pouvons symboliser chronologiquement cette transition par la première guerre mondiale. Avant cette période, les farines confectionnées par les meuniers étaient centralisées a la Halle au blé (jusqu’en 1873), puis sur les Halles centrales.

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La Halle au blé (Nicolas-Marie-Joseph Chapuy 1838 ; Musée Carnavalet)

Nous remarquons, en arrière plan l’église Saint-Eustache, emblème des Halles parisiennes, à noter aussi que sous Napoleon I, les maitres boulangers y célèbre à plusieurs reprises, la messe le jour de la Saint Honoré.

L’ancienne halle au blé était autrefois entre les rues de la Tonnellerie et de la Fromagerie, rue aujourd’hui disparue que l’on situe  place des Halles. Ce marché étant devenu trop petit, la ville décide en 1762 de construire de nouvelles Halles sur l’emplacement de l’hôtel de Soissons.Sans titre7

Plan de la halle au blé.

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Intérieur voute de la Halle au blé. Nous remarquons les forts au travail.

La halle au blé, dont l’activité n’avait cessé de diminuer, fut fermée en 1873 et le bâtiment fut attribué en 1885 à la Chambre de commerce, qui le fit transformer en Bourse de commerce.

Ces halles, demandent une main d’oeuvre de manutentions très importantes,  et ces partie cette main d’oeuvre que se trouve une aristocratie toute particulière, les forts des halles !

Les forts des halles sont divisés en plusieurs catégorie, les forts à volailles, les forts à viandes, les fors à légumes etc.. Puis la catégorie qui nous intéresse plus particulièrement, les forts à farine.

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Les Conditions d’embauche sont draconiennes:

Etre français

Etre libéré des obligations militaires

Avoir un casier judiciaire vierge

Passer un examen du niveau du certificat d’étude

Mesurer au minimum 1,67m

Et être capable de porter une charge de 200kg sur une distance de 60m !!!!

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Les forts, qui étaient peu nombreux, se reconnaissaient du premier coup au « coltin » : un vaste chapeau caractéristique en cuir jaune à très larges bords et muni d’une calotte de plomb à l’intérieur, qui leur permettait de supporter les lourdes charges « coltinées » sur la tête et qui la protégeait, ainsi que le cou et les épaules.

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Forts a farine revêtus de leur débardeurs.

On prête aux forts la paternité de la création au milieu du XIXe siècle du débardeur : maillot sans manches, plus tard baptisé familièrement en France « marcel », qui avait la double fonction de libérer les mouvements des bras et protéger les reins des courants d’air glacés.

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Le second symbole du forts à farine, après son chapeau, est sa canne ! Sorte de troisième jambe, qui lui sert a garder l’équilibre, la répartition du poids sur trois points d’appui apportant stabilisée.

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« La farine destinée à la boulangerie de Paris est logée en sacs du poids brut de 159 kilos. Les sacs amenés par de robustes chariots à la porte des boulangeries sont déchargés, à dos d’hommes par les forts aux farines, qui les portent dans le magasin ou chambre à farine du boulanger ».

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Les forts a farine au travail couvert de leur chapeau et munis de leurs cannes.

Tableau de Pierre Carrier-Belleuse (1851-1935)

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Le chapeau « Coltin » et la canne.

Réclame des chocolats Guerin-Boutron, inspirée du tableau précédent.

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Exposition de la boulangerie-meunerie à Paris de mai à juin 1905.

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Deux forts devant le char des Halles pour la Mi-Carême de 1907 à Paris.

Certains considéraient un peu les forts comme une sorte d’aristocratie des Halles. Une tradition parisienne voulait qu’ils portent le muguet au président de la République au Palais de l’Élysée le matin de chaque 1er mai :

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Une fanfare des Halles de Paris, fut fondée en 1913, et fut active durant plus de 80 ans. Les musiciens  portaient la tenue des forts des Halles, considérée comme emblématique des Halles de Paris. Au premier étage de la mairie du premier arrondissement, on peut voir un très grand tableau datant de 1900, figurant la soupe à l’oignon à cinq heures du matin aux Halles où des forts sont représentés.

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La Corporation des forts étaient aussi constitué en caisse de secours mutuels , et comme nous l’apprend cette médaille, elle possédait une caisse de secours aux orphelins.

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Oeuvre de Emile-Henry Blanchon

Comme signes distinctifs entre eux, les chefs des forts portaient une médaille en argent, tandis les simples forts avaient une médaille en cuivre. Lors des dernières années de leur existence les forts assuraient la police et la surveillance des pavillons des Halles et étaient employés de la Préfecture de police de Paris.

Les forts représentait une population restreinte et très pittoresque du Paris d’autrefois. Suite au transfert de l’activité des Halles vers le Marché international de Rungis en mars 1969, leur corporation n’a pas survécu à l’adoption des nouvelles conditions de travail mises en place sur le nouveau site et a donc aujourd’hui disparu.

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Le Petit Journal illustré du 22 Septembre 1907 (BNF Gallica)

Comment un fort de la Halle corrigea deux malandrins qui venaient de le dévaliser.

Puisque la police est impuissante vis-à-vis des gredins qui terrorisent Paris, il faut, nous dit-on souvent, nous défendre nous-mêmes.. Oui dà !… La chose est belle à dire, mais il y a un inconvénient : c’ est que, les trois quarts du temps, nous ne serions pas les plus forts.
Ah ! que n’ avons-nous les biceps, la poigne et l’ esprit de décision du brave porteur aux Halles dont la récente aventure fait le sujet de notre gravure ! C’ en serait bientôt fini des apaches et de la terreur qu’ ils répandent sur Paris.
Donc, M. Léon Parot, fort de la Halle, revenant, l’ autre soir, de dîner chez un de ses parents, passait boulevard de la Chapelle quand, se sentant la tête alourdie par la chaleur et aussi par un repas copieux, il s’ étendit sur un banc et s’ endormit
Deux malandrins qui rôdaient dans le square s’ approchèrent de lui tout aussitôt, et à l’ aide d’ un couteau, décousirent la poche du pantalon du dormeur, dans la-quelle se trouvait un bonnet contenant une somme rondelette en pièces blanches. L’ opération terminée, ils s’ esquivaient, quand, le bonnet étant percé, des pièces s’ en échappèrent et roulèrent sur le sol. A ce bruit, M. Parot se réveilla. Il vit les apaches s’ enfuir. Il se jeta à leur poursuite et les rejoignit.
Alors se passa une scène à la fois dramatique et comique : saisissant chacun des malfaiteurs, M. Parot se servit de l’ un pour assommer l’ autre et réciproquement, tant et si bien que, au bout de quelques minutes, ils étaient inertes et tout sanglants. Satisfait, M. Pavot s’ assit alors sur le bord du trottoir et, allumant sa pipe, attendit le passage des agents.
Ceux-ci durent transporter les deux malfaiteurs dans une pharmacie, où on les ranima. Ce sont deux repris de justice en état de vagabondage. Ils ont été écroués au Dépôt.

Laurent Bourcier, Picard la Fidélité, C.P.R.F.A.D.

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