Méreau pour le pain – 1606

 

Orléans – Canal de Briare. Méreau pour le pain – 1606

466 – Crédit photo Inumis

20,5mm. Cuivre. Ce méreau Briare est référence 8181 chez Feuardent.

Avers : LABORIS. (Myosotis) FVLCIMENTVM. Plein champ ; Gerbe d’épis de blé.

Revers : En cinq lignes ; VIA. / LIGERIS/ INSEQVA / NAM. / .1606.

Les MEREAUX sont au Moyen âge « une monnaie de convention » réservée aux ecclésiastiques, constatant leur présence aux offices, puis deviennent de véritables monnaies de bienfaisance, d’appoint. Monnaies, sinon officielles, du moins connues de tous et acceptées, elles furent imitées par certaines collectivités ou communes qui trouvaient ainsi plus commode de payer, par ce biais particulier, ouvriers, employés ou pauvres.

Le méreau est une sorte de « bon-pour », un signe de reconnaissance ou encore, un laissez-passer qui prend la forme la plus commune d’un jeton en métal, plus rarement d’une rondelle de cuir ou en parchemin.

Les méreaux, sans doute du latin merere : être digne de, mériter, sont désignés depuis le Moyen Âge sous les formes de merel, merelles, marelles et mereaulx. C’est la pénurie de monnaie divisionnaire qui explique leur apparition. Ils sont tout d’abord employés dans le domaine ecclésiastique à partir du XIIIe siècle comme jeton de présence des chanoines aux offices et donnaient droit à un repas ou à une portion de pain, ces derniers pouvaient ensuite en faire profiter les pauvres. Au XVe siècle, on créa même des méreaux qui valaient 5, 20, 30 ou 45 deniers que l’on pouvait échanger contre du numéraire. Le méreau est apparenté à la monnaie de nécessité.

Rapidement, de nombreuses corporations ou institutions publiques ou privées utilisèrent ce système qui connut une large diffusion jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.

Orléans – Canal de Briare, méreau pour la viande – 1606

466a. Crédit photo Inumis.

Méreau pour la viande, 1606. Non référencé dans le Feuardent, rare méreau frappé pour le canal de Briare, pour un ravitaillement en viande.

20,5. Cuivre. Orléans, canal de Briare, méreau pour la viande, 1606.

Avers : SVPLEMENTV. (rose) NECESSITAS. Cochon marchant à droite.

Revers : En cinq lignes ; VIA. / LIGERIS/ INSEQVA / NAM. / .1606.

 

Orléans – Canal de Briare, méreau pour le vin – 1606

466c. Crédit photo Inumis

20,5mm. Cuivre. Méreau pour le vin, 1606. Non référencé dans le Feuardent, rare méreau frappé pour le canal de Briare, pour un ravitaillement le vin.

Avers : LABORIS (rose) RECREATIO. Coupe et grappes de raisins.

Revers : En cinq lignes ; VIA. / LIGERIS/ INSEQVA / NAM. / .1606.

 

Le Canal de Briare

Le canal de Briare (début des travaux 1605) permet à la navigation de relier les fleuves de Loire et de Seine. Il est un des plus anciens canaux de France et le premier de type « canal à bief de partage », prototype de tous les canaux modernes.

Avec les 54 km de son parcours et ses 38 écluses, en suivant principalement les vallées du Loing côté Seine et de la Trézée côté Loire, il relie le canal du Loing, depuis le hameau de Buges dans le Loiret (non loin de Montargis), à la Loire et au canal latéral à la Loire à Briare.

Construction

Il fut commandé par Sully afin de développer le commerce entre provinces, réduire les disettes (« labourage et pâturage »), et par là ramener la paix dans le royaume. Sa construction commença en juin 1605 et ne fut achevée qu’en 1642. Entre 6 et 12 000 ouvriers travaillèrent sur ce chantier qui reliait les bassins de la Loire et de la Seine et qui s’achevait dans le Loing à Montargis.

L’adjudication du chantier se fit en février 1604, par une mise aux enchères à la chandelle. Hugues Cosnier, ingénieur tourangeau, obtint de construire le premier canal franchissant une ligne de partage des eaux, ici entre les bassins de la Loire et de la Seine. Il fut donc nécessaire d’utiliser des écluses à sas, inventées progressivement dès la fin du Moyen Âge et mises au point par Léonard de Vinci. Cosnier se fit aider d’ingénieurs hollandais, spécialistes en hydraulique.

Une échelle d’écluses fut construite à Rogny-les-Sept-Écluses : Elle aligne sept écluses jointives pour rattraper un dénivelé de 24 m. Une autre échelle semblable, au Moulin-Brûlé (Dammarie-sur-Loing) aligne de même quatre sas jointifs. Une troisième échelle se situait au Chesnoy, et comportait trois sas.

Échelle d’écluses à Rogny.

Les travaux commencèrent en juin 1605 et avancèrent vite, malgré l’opposition vive de seigneurs locaux, notamment le seigneur de Coligny, petit-fils de l’amiral protestant assassiné lors de la Saint-Barthélémy. Mais le roi Henri IV assassiné en 1610 et Sully disgracié, il n’y eut plus de soutien aux travaux et aux nécessaires expropriations. Hugues Cosnier dut abandonner les travaux en 1611. Vers 1628, le marquis Antoine Coëffier de Ruzé d’Effiat, ami de Richelieu, s’intéressa au canal et voulut redémarrer les travaux avec Cosnier, mais leurs décès successifs, en 1629 et 1632, ajournèrent encore l’achèvement des travaux.

Il ne manquait alors au canal plus qu’une dizaine de kilomètres au sud de Montargis. Le plus dur, le passage de la ligne de partage des eaux, était fait.

En 1638, François et Guillaume Boutheroüe-Desmarais (dont les frères Gabriel et Hector Boutheroüe-Desmarais étaient tous deux copropriétaires du canal, le second sera plus tard chargé par Louis XIV des travaux de navigation du futur canal du Midi), ainsi que Jacques Guyon, proposèrent de reprendre les travaux et reçurent pour ce faire des lettres patentes de Louis XIII.

Ils créèrent avec d’autres nobles la « Compagnie des Seigneurs du canal de Loyre en Seine », une des premières sociétés de capitaux en France. Les travaux furent achevés en septembre 1642. Richelieu, bien que gravement malade, en fut le premier passager illustre. Il venait de faire décapiter, à Lyon, le propre fils de son ami Ruzé d’Effiat, le jeune conspirateur Cinq-Mars.

Bief de partage, alimentation. Ce canal assurant la jonction de deux bassins différents, il fallut construire des écluses, mais aussi un bief particulier sur la ligne de partage des eaux, par où se ferait l’alimentation principale du canal, en collectant l’eau d’étangs situés plus haut. Un canal à bief de partage est comparable à une route qui franchit un col, à cette différence que la route n’a pas besoin d’être alimentée en eau. En effet, à chaque passage de bateau, il faut réalimenter les écluses d’environ 500 à 1 000 mètres cubes d’eau selon la hauteur des ouvrages. Des étangs furent donc creusés ou agrandis et reliés au bief de la Gazonne (le bief supérieur du canal de Briare, sur la commune d’Ouzouer-sur-Trézée) par tout un réseau de plusieurs dizaines de kilomètres de rigoles à travers bois et champs :

Les étangs de la Gazonne, de la Boussicauderie et du Chesnoy qui sont au niveau du bief de partage et l’alimentent directement ;

L’étang de la Grand-rue à Ouzouer-sur-Trézée ;

Les étangs de la Tuilerie, du Château, de la Cahauderie et des Beaurois à Champoulet ;

Le grand réservoir du Bourdon à Saint-Fargeau, sur le Bourdon, un affluent du Loing, agrandi en 1904 ;

Le réservoir de Moutiers, sur le Loing ;

Et plusieurs autres étangs de moindre importance. Pour accroître la capacité de cette alimentation à la suite du passage du canal à un gabarit supérieur, une usine élévatoire fut installée à Briare en 1895 pour refouler l’eau de la Loire 45 m plus haut, dans le bief de partage tout près de l’écluse de la Gazonne. De 1894 à 1933, la force est produite par quatre puissantes machines à vapeur de type « Wolf » dite compound. Elles ont été réalisées par les ateliers de construction rouennais dirigés par E-W Windsor.

Bibliographie

  • Joseph Jérôme Lefrançois de Lalande, Des Canaux de navigation et spécialement du canal de Languedoc, Veuve Desaint (Paris), 1778, 588 p. (lire en ligne [archive]), « Canaux de Briare, d’Orléans & de Loing, avec les projets qui s’y rapportent », p. 329-351.
  • Edouard Lèbe-Gigun, Cosnier et les origines du canal de Briare, dans Annales des ponts et chaussées. Mémoires et documents relatifs à l’art des constructions et au service de l’ingénieur, 2e semestre 1889, p. 509-557 (lire en ligne) [archive]
  • Lionel Guillaume, Raconte-moi Briare-le-Canal, Journal de Gien, 1983
  • Pinsseau Pierre, Le canal Henri IV ou canal de Briare, Le livre d’histoire, coll. « Monographies des villes et villages de France », 1943 (réimpr. 1997)
  • Jacques de La Garde, Les canaux du Loing, de Briare, d’Orléans, éditions Sauvegarde des Monuments, 1993
  • Valérie Mauret-Cribellier, Les canaux de Briare, d’Orléans et du Loing, éditions Images du Patrimoine, 1996
  • Annie-France Gaujard, l’escalier d’eau 1597-1887 Rogny les sept écluses, éditions La Gazette 89

 

France 466 – Par Jean-Claude THIERRY

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