Coopérative des Mines de Lens

142 – Jean-Claude THIERRY. Collection privée

Rond, lobé, alu. Avers : COOPERATIVE / DES / MINES / DE LENS. Revers : BON / POUR / 1 PAIN / DE 3 LIVRES.

Ces documents et informations ci-après, proviennent de l’excellent travail de recherches de « Le Lensois Normand », ayant fait appel aux témoignages locaux. Nous en remercions chaleureusement les rédacteurs qui nous éclairent sur l’histoire de La Coopérative des Mines de Lens. Ce jeton, les CPA (Cartes postales anciennes) nombreuses et diversifiées, les documents, philatélie, numismatique, complètent leurs travaux. Nous avons ainsi une connaissance visuelle de la période avant et après guerre, les mineurs en activité, les trieuses, les fosses, rues, bâtiments, etc. Ce riche patrimoine qui nous fait plonger dans la vie des Mineurs de Lens. Il est impressionnant d’observer ce qu’un simple jeton en aluminium peut évoquer, faisant ressortir la mémoire d’un passé ayant fortement marqué notre Industrie et les Hommes.

« In va à l’Coopératif ou a l’CCPM ? ». Cette question, les familles de mineurs de Lens pouvaient se la poser au siècle dernier. Deux organismes possédaient leur coopérative, composée de magasins tels les superettes d’aujourd’hui. On pouvait s’y fournir en alimentation, en pain, mais aussi en tissus, mercerie et même électroménagers. 

La réponse à la question devait peut-être être due à la qualité du service, aux prix pratiqués, à l’amabilité des serveuses mais aussi certainement aux opinions politiques ou syndicales du mineur. Celle que l’on nommait la Coopérative était propriété de la Compagnie puis des HBNPC ; La CCPM était géré par des dirigeants de tendance communiste ou cégétistes.

 La Coopératives des Mines de Lens : 

La Coopérative des Mines de Lens a été créée à la fin du 19ème  siècle par la Compagnie dans le cadre de sa politique « sociale » qui l’avait poussé à faire beaucoup pour ses mineurs afin d’attirer des ouvriers d’autres régions, voire de pays. Elle entrait dans ce cadre avec la construction de logements, la création d’associations sportives, musicales et même colombophiles. 

En 1920, elle portait le nom de Coopérative des Ouvriers et Employés des Mines de Lens comme le prouve ce document.

Dans chaque coron, on trouvait une succursale de la Coopérative. Plusieurs bâtiments existent toujours et ont changé de destination. Celle de la Route de La Bassée (cité 14) est devenue une agence de la Caisse D’Epargne.

Dans le bâtiment de celle de la cité du 12, rue Fénelon ont été installés des logements sociaux.

Dans celle-ci, la boucherie était distincte des autres commerces.

La CCPM (Coopérative Centrale du Personnel des Mines) :

C’est entre les années 1942 et 1944 que la Coopérative Centrale du Personnel des Mines du Nord-Pas-de-Calais (CCPM) tire ses origines, au départ pour succéder au service d’approvisionnement des houillères (SAH dissous en 1941). La CCPM est d’abord une association civile de type 1901 dont les statuts ont été déposés le 20 janvier 1945 et c’est alors un simple organisme de distribution, mais elle se transforme rapidement après la fin du ravitaillement afin de devenir une coopérative de consommation interentreprises anonyme à personnel et capital variables le 14 avril 1947 (249 500 actions de 100 francs sont mises en vente).

Les statuts de la CCPM sont une nouvelle fois modifiés lors de l’assemblée générale extraordinaire du 9 juillet 1955. La Coopérative Centrale du Personnel des Mines devient Coopérative Centrale du Pays Minier, c’est-à-dire qu’elle ne s’adresse plus uniquement aux mineurs mais à l’ensemble des consommateurs qui sont à l’époque admis dans les magasins sociaux.

La CCPM est une coopérative marquée par une forte empreinte communiste et elle est caractérisée, pour ses fondateurs et dirigeants, Auguste Lecoeur, Victor Foulon, par une idéologie progressiste qui vise à l’émancipation ouvrière par l’accès à une contre-culture à l’opposé de l’atmosphère de l’époque.

La CCPM a connu une implantation plutôt houleuse dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais. Entre 1947 et 1949 la CCPM ouvre plus de soixante magasins qui sont en concurrence directe avec ceux d’autres coopératives allant parfois jusqu’à occuper des locaux qui ont dû être abandonnés au début de la guerre : comme à Billy-Montigny en 1948 où la CCPM a dû restituer des locaux utilisés pour la distribution du ravitaillement à la coopérative de Courrières propriétaire des lieux.

La CCPM connaît un développement très rapide et très important avec un chiffre d’affaire et un nombre de sociétaires supérieurs à ceux de toutes les autres coopératives existantes. Ci-dessous une réclame de la CCPM dans les années 50 sur un buvard de l’époque.

Mais la CCPM ce n’était pas que ces magasins de corons : La Maison du Peuple, rendue célèbre par les grèves de 1906 et Broutchoux, est devenue une librairie coopérative fondée par la CCPM et qui sera cédée par la suite au Syndicat des Mineurs Cégétistes. De colonies de vacances qui ont été organisées par la coopérative en partenariat avec L’Entr’aide Sociale du personnel des HBNPC (par exemple dans la villa d’Acq à Villers-au-Bois dans le Pas-de-Calais).

La CCPM reste en activité jusqu’en 1985, année au cours de laquelle elle est mise en règlement judiciaire le 18 septembre puis en liquidation des biens le 25 novembre à la suite de grosses difficultés financières. C’est sous la direction de Gaston Filiot, dernier président directeur général de la coopérative, que celle-ci cesse définitivement son activité le 14 février 1986.

Dans la mémoire collective, le nom de Beaumont (commune qui fusionnera avec Hénin Liétard) est toujours très attaché à la CCPM, là s’était implantée le siège social et les entrepots sur le site d’une ancienne briqueterie qui laissera place ensuite à une filature de lin.

Dans la cité 14, la CCPM se trouvait Route de La Bassée, à côté d’une boulangerie et d’une boucherie. Ce bâtiment, transformé en habitation, existe toujours :

Les cheminots vivaient un peu en autarcie dans la cité et faisait leurs courses a l’économat. Il y a en effet un sentiment d’appartenir à une famille. D’ailleurs on se dit tous bonjour, on se tutoie, on a le même outil de travail, chacun s’en occupe selon ses capacités, mais sans l’un l’autre ne peut plus travailler. 

La Seconde Guerre Mondiale :

La cité des Cheminots a souffert de ce conflit. Alfred Buquet raconte dans son journal « Lens et la Seconde Guerre Mondiale » dans les dossiers de Gauhéria (n°38 de septembre1997): Nuit du 20 au 21 Avril 1944

« Entre la cité des cheminots à Avion et la fosse 4 de Liévin, le sol est bouleversé, des bombes à retardement éclatent encore le soir du 21. 1500 bombes larguées par les Britanniques sur le dépôt, la Cité des Cheminots fut gravement endommagée et beaucoup d’habitants périrent dans leur sommeil, ensevelis sous les décombres. Le spectacle est terrifiant : maisons écroulées, rues et jardins creusés d’immenses cratères, débris de toutes sortes, chaos indescriptible. Le soir, on compte 110 morts et les recherches sont loin d’être terminées.  Le 26 avril, se seront 236 victimes qui seront inhumées ».

Voici un extrait du récit d’un témoin qui avait 18 ans à l’époque du bombardement d’AVION, dans la nuit du 20 au 21 avril 1944 :

« A 23 h 30,  on entend les avions. Ceux ci lancent des fusées qui éclairent comme en plein jour. Pendant 30 minutes. Nous étions dans l’enfer. Enfin, les bombes cessèrent de tomber et les avions s’éloignèrent. Une fois dans la rue, nous apercevons une grande lueur du côté du dépôt et une autre vers la cité du 4. Deux jeunes hommes viennent de la cité des cheminots et disent qu’il y a de nombreux morts et que la plupart des maisons sont détruites.

Le lendemain, avec deux copains, je vais voir les dégâts à la cité des cheminots. On ne voit partout que des maisons abattues, des trous de bombes, les habitants évacuent. Des arbres sont déracinés. Sur la route qui mène à l’économat, on ne voit que des maisons démolies. La rue est trouée de trous de bombes».

La cité sera de nouveau bombardée le 11 mai. 

La résistance :

Les cités cheminotes, les centres de voies ferrées, les dépôts, les triages, les ateliers et les gares sont un véritable maquis et quelqu’un qui ne connait pas le terrain a du mal à se repérer; c’était le cas pour la sinistre Gestapo et ses agents. Toutes les catégories de cheminots ont participé aux actes de résistance, à Avion comma ailleurs. Les premiers actes de sabotage ont eu lieu très tôt, dès l’hiver 1940-1941.

Les cheminots ont également été victimes de la répression. Elle s’organise en deux périodes : jusqu’à la fin de 1941, la répression s’intéresse surtout aux militants communistes. Ils sont pourchassés soit sur dénonciation, soit sur liste, soit pour des activités militantes. À partir de 1942-1943, la répression frappe tous les mouvements de résistance.

Le Monument aux cheminots résistants

Au cœur de la cité des Cheminots, sur la Place des Martyrs de la Résistance, se dresse le monument en l’honneur des cheminots résistants de la guerre 39-45 inauguré le 7 mai 1972. Les plans du monument ont été dressés par un cheminot : Jean ANTONIAZI. 

Une voie ferrée monte au milieu d’un massif fleuri, elle se termine par des rails tordus en forme de flamme enchevêtrés de traverses. Cette mise en scène simule un sabotage de voie.

L’Economat ; la Coopérative : 

Après la première guerre, lors de la construction de la cité à Avion, une coopérative et une boucherie furent installées près de la salle des Fêtes (rue Alexandre Gressier, où se trouve aujourd’hui la salle Roger Blezel).

On distingue la Coopérative sur la gauche de la salle des Fêtes.

Après le bombardement de 1944 qui a détruit la bâtiment, c’est l’économat de la cité qui reprit les ventes de la coopérative. Il se situait rue Marcel François, près de la ligne de chemin de fer. On y trouvait de tout à l’économat : de l’alimentation, des vêtements, des ustensiles de cuisine, des outils, de la mercerie, des produits de jardinage, de l’électroménager et même du charbon qu’on faisait livrer à domicile…Toujours des prix imbattables… Les économats étaient gérés par des commissions paritaires constituées de représentants de la direction et d’élus des salariés. Les dépenses des cheminots pouvaient être prélevées directement sur leur salaire.

Le premier économat d’Avion était constitué d’un bâtiment en dur pour la boucherie et de deux autres en bois pour les autres commerces et la réserve. Les marchandises arrivaient par wagon sur une voie férrée longeant l’économat.

Vers 1966-67, devant la vétusté des bâtiments, la SNCF décida de construire un nouvel économat sur un terrain de 590 m2 lui appartenant près des anciens bâtiments.

Avec l’arrivée des grandes surfaces, les économats (coopératives)sont devenus moins intéressants pour les cheminots. Celui d’Avion a été fermé au printemps 1980. Aujourd’hui, il ne reste plus rien des bâtiments de l’économat, la Coopérative : un nouveau lotissement a été construit à la place.

Le Tramway :

Un petit chemin de fer à voie de 60 cm a été créé en 1923 par le conseil d’administration de la cité des cheminots de Lens pour désenclaver les habitants : le petit train, surnommé le tramway, les conduisait jusqu’à la gare de Lens où il avait son terminus avec quai à l’intérieur de la gare du réseau Nord et comportait 4 stations dont sur la photo celle des écoles.

La loco provenait des mines de Courrières.  Il y avait 3 voitures à bogies construites par les cheminots de l’atelier de Lens. Ce train permettait aux cheminots de la gare de Lens de se déplacer entre leur logement et leur lieu de travail : c’était l’ancêtre des navettes automobiles qui relient toujours aujourd’hui la gare de Lens à la Cité pour principalement les conducteurs qui sont en repos loin de chez eux au foyer des roulants de la cité.

La Cité aujourd’hui, vue par un ancien cheminot

La Cité a beaucoup changé…Ce n’est plus la même ambiance, les Cheminots ont pratiquement « disparu », il n’y a plus beaucoup de jeunes. Maintenant il y a beaucoup de personnes « étrangères » à la SNCF. On a vu arriver d’autres professions. Avant on vivait entre Cheminots, on avait nos problèmes de Cheminots, on se comprenait, on était tous dans le même bain, on était réellement soudé. Mais la Cité évolue.

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