Boulangerie Coopérative de Méru

Collection Jean-Claude THIERRY

15mm. Zinc. Uniface. Avers : B. C. / MERU

 

Cet article est avec une attention toute particulière, naturellement dédié à Picard la Fidélité, cela fait des années que nous cherchons ce témoignage numismatique, puisqu’il est natif de ce beau village.

L’Annuaire de la Coopération nous précise que la Boulangerie Coopérative de Méru est fondée en 1869. En 1930 elle comprend 780 Sociétaires et son Chiffre d’affaires est de 940.710 francs, son siège social est basé au 14 (13), place du Jeu de Paume. En 1880, le Président est Monsieur Boudeville. (Source ci-après).

Archives Commerciales, édition de 1935, la Boulangerie Coopérative de Méru est rattachée à Beauvais.

Charles Boudeville, Président de la Boulangerie Coopérative, est un homme politique français né le 23 septembre 1824 à Méru (Oise) et décédé le 22 février 1895 à Méru. Pharmacien à Méru, il est adjoint au maire en 1867 puis maire en 1870. Il est conseiller général et député de l’Oise de 1877 à 1885 et de 1889 à 1895

« La Commissions, désirant ne laisser subsister aucun doute sur l’exposé de son projet, a prié Mr BOUDEVILLE, député et Président de la Boulangerie Coopérative de Méru, ainsi que Mr CORBAY, Trésorier de la Boulangerie de Beaumont, de vouloir bien nous honorer de leur présence et nous éclairer de leur expérience ».

Histoire – La ville de Méru reste le centre d’un important bassin industriel qui s’est développé à partir du XVIIe siècle avec l’introduction progressive d’un artisanat tabletier importé de Paris par le biais des nourrices revenant de Paris.

La tabletterie, qui consiste en la fabrication d’objets divers (usuels, religieux, jeux, boîtes) au moyen de matières premières telles que le bois, l’os, la corne, l’ivoire, l’écaille ou encore la nacre, y fut d’abord pratiquée par les paysans de la région en manque de ressources durant les mois d’hiver.

Au XIXe siècle, cette activité s’industrialise et la production s’intensifie. La profession s’organise et différentes spécialisations émergent : confection de boutons, de dominos, d’éventails, etc. Le travail de la nacre prend de l’importance. Rapidement, la ville de Méru s’illustre en tant que pôle de production sous le surnom de Capitale mondiale de la Nacre. Les débouchés sont nombreux, la clientèle internationale, la qualité du travail est appréciée bien au-delà des frontières de la France (Europe, Russie, États-Unis, anciennes colonies).

Les échanges avec la capitale, où se trouvent la plupart des grossistes, sont très actifs. Les tabletiers méruviens viennent s’y procurer les matières premières qu’ils façonnent et y déposent les produits de leur fabrication. L’ouverture de la gare de Méru, en 1875, facilite ce commerce.

À la fin du XIXe siècle cependant, la tabletterie subit une récession économique qui amorce son déclin. Toutefois et malgré les tensions dont témoignent les grèves du début du XXe siècle, l’industrie du bouton connaît encore quelques décennies prospères avant de disparaître presque complètement du pays de Thelle.

En 1909, une grande grève éclate dans le secteur de la boutonnerie. Le patronat réduit d’un tiers les salaires, « pour faire face à la concurrence ». La grève concerne dans la journée les quatre usines de la commune d’Andeville, mais tout le canton de Méru est rapidement concerné. Les premières négociations sont convoquées par le préfet pour le 27 mars à Méru, mais ne débouchent sur rien, le patronat refusant de revenir en tout ou partie sur sa décision. Les maisons des patrons sont vandalisées, le 28 mars une vingtaine de femmes sont blessées par la gendarmerie nationale. Le gouvernement Clemenceau envoie l’armée, commandée par le général Joffre. Le soutien national se développe, et les dirigeants de la CGT viennent sur place, jusqu’à ce que les salaires soient rétablis au niveau de 1908. À Méru le 1er mai 1909, 3000 personnes participent au meeting, avant la fin de la grève le 4 mai.

Les reconversions dans la bijouterie ou les matières plastiques n’ont pas suffi à sauver l’industrie du bouton autrefois très florissante présentée aujourd’hui au musée de la Nacre et de la Tabletterie où l’on peut découvrir, outre les collections d’objets, de véritables ateliers reconstitués à l’identique. De nouvelles industries ont pris le relais dans la zone industrielle ouverte au sud de Méru dans les années 1950.

Le 11 mai 1967 l’usine Rochel de Méru, qui conditionne des aérosols, explose à la suite d’une fuite de gaz ; on compte 3 morts et 49 brûlés, principalement des ouvrières. En 1969 lors du procès le tribunal de Beauvais condamne le PDG « coupable d’une faute inexcusable » pour « homicide par imprudence » ; il avait en particulier refusé l’application de mesures de sécurité réglementaires. La peine est d’un an de prison avec sursis et 20 000 francs d’amende. Il est amnistié dans les mois qui suivent et fait construire une autre usine. Les victimes sont mal indemnisées et ne peuvent pas se porter partie civile. Simone de Beauvoir va à la rencontre des victimes, et écrit un article à leur sujet.

La pratique de la tabletterie à Méru a donné lieu à la production de quelques œuvres littéraires telles que La fabrique blanche, de Serge Grafteaux, parue aux éditions Tallandier en 1990.

Nous recevons la lettre suivante :

Méru, 9 février 1874.

Cher monsieur, Tous les jours, je lis avec attention le Bulletin du travail que vous tenez avec tant de sympathie au Rappel, et je viens vous apporter un document qui a bien sa valeur.

La boulangerie coopérative de Méru, société civile, qui a débuté en 1868 avec 142 adhérents, compte aujourd’hui 550 membres inscrits. 

L’apport étant de 20fr, si tous avaient payé, nous serions débiteurs de la somme de 11,000 fr. Il restait dû, au 1er janvier dernier, 2,166fr.

Nous ne devions donc, à cette même date que 8,834fr. à l’ensemble de nos adhérents.

Depuis le 25 mai 1868, jour où nous avons commencé les distributions de pain, jusqu’au 1er janvier de cette année, malgré des fluctuations causées par la guerre et par l’insécurité du travail, notre situation est restée aussi prospère que possible ; elle se résume :

Actif : 20,78i fr.36c.

Passif : 12,148 35

 Balance 8,633 fr.01c.

« La progression ascendante, plus ou moins, n’a pas cessé depuis notre existence ».

 J’ai cru que ces faits vous intéresseraient, et qu’il était bon qu’ils vous fussent indiqués ».

Recevez, monsieur, mes fraternelles salutations.

  1. BOUDEVILLE. Président du conseil d’administration.

Nous remercions M. Boudeville des renseignements qu’il veut bien nous donner sur la boulangerie coopérative de Méru (Oise). Ils constituent une nouvelle preuve de tout ce que peut la coopération. Tant d’exemples concluants suffiront sans doute pour convaincre un jour où l’autre les consommateurs hostiles à son principe.

Commentaires concernant : "Boulangerie Coopérative de Méru" (2)

  1. picard la fidelite a écrit:

    Merci pour le clin d’oeil Jean Claude 🙂 et bravo et merci pour cet article!
    La rue Charles Boudeville etait juste a cote de la rue de la Republique ou mes grand-parents et mes parents ont vecu 🙂
    MERCI
    Bien a toi 🙂

    • Jean-Claude Thierry a écrit:

      Bonjour cher Ami Picard la Fidélité,
      c’est un immense plaisir de partager ce témoignage, surtout après des années de recherche
      et d’avoir une pensée à distance pour toi
      Merci de ta grande implication pour le CREBESC
      Bien à toi

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