1893 Chicago, exposition industrielle internationale

LES OUVRIERS BOULANGERS ALLEMANDS A L’ORIGINE DE LA BOULANGERIE AMERICAINE (1894)

En 1893 fut organisée à Chicago une grande exposition industrielle internationale. La France y participa en présentant certaines de ses productions. Le gouvernement envoya également sur place une délégation de 52 ouvriers industriels et agricoles. Ils visitèrent les grandes cités industrielles de l’Est américain et, de retour en France, produisirent leurs rapports, qui furent synthétisés et enfin publiés en 1894.

Le volumineux ouvrage ne renferme pas de rapport sur la production boulangère ni sur la meunerie américaines. En revanche, une grande partie du document, rédigée par Isidore FINANCE, peintre en bâtiment, chef de section à l’Office du Travail à Paris, traite des « Syndicats ouvriers aux Etats-Unis ». C’est là qu’y figure, p. 747-748, ce qui concerne les syndicats d’ouvriers boulangers. On y apprend la plupart d’entre eux étaient d’origine allemande (il exportèrent probablement leurs  techniques de panification) et que leurs préoccupations étaient exactement les mêmes que celles des compagnons et ouvriers boulangers français, à savoir : « la réduction des heures de travail, l’organisation du placement des ouvriers et l’abolition du travail de nuit ». Voici ce document :

UNION INTERNATIONALE DES BOULANGERS

(BAKER’S AND CONFECTIONERS’ INTERNATIONAL UNION.)
Siège social : Brooklyn (N.Y.)

Le but poursuivi par les ouvriers boulangers est la réduction des heures de travail, l’organisation du placement des ouvriers et l’abolition du travail de nuit.

La première tentative de groupement des ouvriers de cette profession eut lieu à New-York et à Brooklyn (N.Y.), où, en 1881, près de 5 000 boulangers, presque tous allemands, se mirent en grève le 9 mai pour obtenir la limitation de la journée à douze heures les cinq premiers jours de la semaine et à quatorze heures le samedi. Quelques patrons cédèrent, le plus grand nombre résista, et après deux semaines de grèves, la bataille fut considérée comme perdue. Il ne resta pas 100 adhérents à l’Union.

Après quatre années d’effacement, les quelques membres qui n’avaient pas perdu tout espoir s’avisèrent de faire paraître en allemand le German-American Baker’s Journal.

Cette petite feuille servit de point de ralliement, et, grâce à elle, un congrès composé des délégués de 19 Unions nouvelles se réunit à Pittsburg (Pa.), le 13 janvier 1886, et y fonda l’Union internationale des boulangers, confiseurs et pâtissiers. Chaque année a vu depuis s’accroître le nombre des adhérents ; au congrès de Chicago, en 1887, il y avait 44 Unions ; à celui de Saint-Louis (Mo.), en en 1888, 86 ; à celui de Cincinati (Ohio), en 1889, 92 ; à Detroit (Mich.), en 1890, 98 ; à Indianapolis (Ind.), en 1891, 133 ; à Buffalo (N.Y.), en 1892, 148 ; et enfin, en 1893, 162 Unions locales avec 13 500 membres (cette industrie compte 61 432 ouvriers dans tous les Etats-Unis).

L’Union publie deux journaux, l’un en allemand, l’autre en anglais : le Bäcker Zeitung et le Baker’s Journal. Celui-ci ne paraît que depuis 1890, la majorité des ouvriers boulangers étant d’origine allemande. Il y a aussi des Unions composées entièrement de Suédois et d’autres de Polonais. Le journal est envoyé à tous les membres. La cotisation mensuelle est de 1 fr. 25 dont 0 fr. 75 pour les frais de l’administration centrale et 0 fr. 50 pour la caisse de résistance conservés par chaque Union locale.

Émigrants allemands

La majorité des ouvriers boulangers des Etats-Unis était d’origine allemande. Gravure représentant « Les émigrations allemandes pour l’Amérique. Entrepont d’un paquebot américain au Havre, la veille du départ », illustrant l’article « Les Emigrants au Havre », dans l’hebdomadaire Le Monde illustré du 26 décembre 1857.

Il faut un vote des trois quarts des membres d’une Union pour déclarer une grève et le consentement du comité central si l’Union veut recourir à l’assistance de l’Union internationale.

Les heures de travail ont partout été réduites à douze et même à dix dans les grandes villes. En 1886, le taux moyen des salaires était de 25 francs par semaine, l’ouvrier étant nourri et logé dans les plus déplorables conditions ; le salaire est maintenant de 60 francs sans la nourriture et le logement ; l’ouvrier boulanger a conquis son indépendance eu égard à ces deux derniers points. Enfin les conditions sanitaires des fournils ont été largement améliorées.

En dehors de la cotisation normale de 1 fr. 25, les Unions locales ont organisé un service de secours contre le chômage, et les indemnités en cas de maladie et de décès sont actuellement à l’étude.

On nous a servi, plusieurs fois pendant notre séjour aux Etats-Unis, du pain frappé de la marque de l’Union, indiquant par conséquent qu’il avait été fabriqué par des unionistes et aux conditions fixées par l’Union.

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